L’Olympique de Marseille a effectué un bon recrutement avec des éléments rodés aux joutes de Ligue 1. Assurés (ou presque) de jouer la Ligue des Champions, les Marseillais paraissent armés pour jouer les premiers rôles, mais un doute subsiste…
Nasri, un départ préjudiciable ?
Nasri a fui la versatilité des supporters marseillais (chouchou du public, il fut sifflé au printemps pour une raison encore indéterminée) pour aller parfaire son talent auprès d’Arsène Wenger.
Valbuena se dit prêt à le remplacer… Faisant ainsi étalage de sa culture tactique – un peu comme Ribéry, qui se déclarait le successeur de Zidane par son « jeu » et ses « qualités »[1] – l’ancien joueur de Libourne-Saint-Seurin n’a pas dû bien analyser ses caractéristiques et celles de son ex-coéquipier :
- Valbuena : joueur de percussion, dribbleur tout en vitesse, ailier qui aime repiquer dans l’axe ;
- Nasri : à l’aise dans la conservation de balle, la temporisation et l’organisation du jeu.
Gerets perd en Nasri la pierre angulaire de son animation offensive. Après avoir eu tant de mal à trouver la formule pour associer Nasri, Valbuena, Niang et Cissé, c’est dommage. Les renforts (Ben Arfa, Koné) ont de quoi affoler les défenses, mais quid des attaques placées ?
Avec des milieux excentrés comme Ben Arfa et Valbuena qui peuvent créer le danger en repiquant dans l’axe, l’OM ne manque pas de solutions mais le départ de Nasri amoindrit les compétences marseillaises dans l’organisation et la conservation de balle. Koné avait certes l’habitude de revenir chercher le ballon à Nice, mais c’était souvent pour amorcer une chevauchée vers le but adverse. Alors Cheyrou retrouvera peut-être un rôle d’organisateur comme à Auxerre et Lille. Sa qualité de passe et sa lecture du jeu peuvent faire merveille, comme sur cette ouverture pour Djibril Cissé face au Spartak Moscou en février dernier.
Buts face au Spartak Moscou (aller)
1er : tête de Cheyrou sur un centre de Nasri, 2e : tête de Taiwo sur un centre de Cheyrou, 3e : ouverture de Cheyrou pour Cissé qui sert Niang.
En défense, le recrutement d’Hilton pourrait stabiliser l’arrière-garde et mettre Mandanda moins souvent en lumière. Malgré la sérénité et la classe dégagées par le défenseur brésilien, il n’a jamais été une assurance tous risques à Lens. Bien que souvent loué pour son aisance technique et sa classe, le défenseur brésilien a été le taulier d’une défense qui a encaissé 52 buts la saison dernière ! Par ailleurs, on ne sait que penser d’Amine Erbati. Parti du Raja Casablanca en Lybie alors que des clubs de Ligue 1 le courtisaient, il débarque à Marseille après des passages au Qatar et aux Emirats Arabes Unis. Présenté comme un défenseur solide et rugueux, il a les qualités pour être un bon complément de Hilton, même si ce gaucher pourrait marcher sur les pieds du Brésilien qui, bien que droitier, est habitué à occuper l’axe gauche.
Le nouvel OM impressionne… sur les matchs amicaux
A regarder et/ou lire L’Equipe, l’OM réalise un bon début de saison. Marseille est même (auto-)désigné comme le favori à la succession de Lyon.
Cet enthousiasme nous montre que le journaliste sportif est condamné à avoir une mémoire vive de 3 semaines (ce qui est déjà 1 814 400 fois mieux qu’un poisson rouge !). Les mêmes commentaires avaient ponctué les avant-saisons olympienne et parisienne en 2007…
Bien sûr, l’OM a obtenu des victoires convaincantes face à Monaco et Bordeaux, en amical. Evidemment, Hilton donne des gages de sécurité à une défense qui en avait bien besoin. Bien entendu, on ne peut que se réjouir de l’arrivée d’un joyau de la formation française, joyau qu’il reste à polir…
Mais l’OM été 2007, dirigé par un coach vice-champion de France et soutenu par son groupe, n’a-t-il pas attendu l’arrivée d’un énigmatique entraîneur belge pour donner sa pleine mesure ? N’a-t-il pas trouvé la solution en attaque grâce à un joueur de CFA (alors qu’il comptait dans ses rangs des internationaux et des espoirs de renom) ?
Les leçons du passé nous poussent donc à plus de mesure.
Un onze type soumis à évolution jusqu’au 31 août
La longue liste des retours de prêt montre que les dirigeants seront encore une fois confrontés à des problèmes de gestion d’effectif. Au-delà de ces dégraissages, deux joueurs majeurs, Cissé et M’Bami, sont toujours dans l’expectative. Après avoir clamé leurs envies de départ, ils sont plus mesurés et envisagent de rester une saison de plus à la Commanderie.
Les Phocéens gagneraient à conserver ces deux éléments qui ont retrouvé leur plénitude dans la deuxième partie de saison. Bien qu’il soit parfois maladroit, Cissé reste un atout offensif conséquent. D’autant plus qu’il n’a jamais été aussi fort qu’après un coup dur, et sa non-sélection pour l’Euro est un affront de nature à réveiller son égo et le rendre revanchard. M’Bami est un infatigable travailleur à la récupération. En plus d’apporter de la profondeur à l’effectif marseillais, ces deux joueurs ont l’habitude des joutes européennes, et cette expérience pourrait s’avérer précieuse à l’automne.
L’alchimie de la régularité
En résumé, l’OM possède un bel effectif, dont il faut accorder les qualités autour d’un projet de jeu ambitieux, capable d’inscrire les performances marseillaises dans la durée. En effet, l’OM de Gerets a enchanté le public lors de victoires mémorables à Anfield Road et au Vélodrome [Lyon (3-1), Zenith Saint-Petersbourg (3-1)]. Mais l’entraîneur belge n’a pas su résoudre le problème d’irrégularité de son équipe, symbolisé par cette élimination humiliante à la Beaujoire face à Carquefou.
[1] « C’est vrai que je suis son successeur : de par mon jeu, mon positionnement et mes qualités. » (Le Parisien, 24 avril 2008)