La Supercoupe de l’UEFA a une fois de plus tourné le dos au vainqueur de la Ligue des Champions. Cette pemière victoire russe dans l’histoire de la compétition annonce l’ambition des clubs de ce pays qui bénéficient du talent de joueurs locaux qui rechignent à s’expatrier et de la fortune des dirigeants qui peuvent s’offrir des joueurs (et des entraîneurs) étrangers à des prix défiant toute concurrence.
Préparer la Ligue des Champions
Le Zénith Saint-Pétersbourg avait hier l’occasion de s’étalonner en vue de la prochaine Ligue des champions (les Russes affronteront la Juventus, le Real Madrid et les bulgares de Borisov). Le moins que l’on puisse dire est que les joueurs sont prêts. Certes Manchester eut la possession du ballon au cours de la première demi-heure (65%) mais cette mainmise fut vaine. Le trio Tymoschuk-Denisov-Zyrianov était omniprésent, empêchait les transmissions dans l’entre-jeu et annihilait toute initiative de Scholes ou Fletcher. Nani n’a pris pour sa part aucune initiative.
Pourtant c’est Tevez, très remuant qui allait offrir la première grosse occasion aux Red Devils en prenant de vitesse la défense russe pour remiser sur Rooney qui échouait par manque de spontanéité face à Malafeiev, sorti très rapidement.
Cette occasion réveillait les russes et dès lors dans le dernier quart d’heure de la première période on assista à un attaque-défense sur le but mancunien. Ceux-ci ne parvenaient plus à sortir de leur camp. Pogrebnyak mettait en difficulté la charnière centrale en servant de point d’appui jusque dans la surface grâce à une technique et une protection de balle impressionnantes.
Coté mancunien on se mettait en difficulté notamment sur les cotés avec un Evra, qui avait laissé Anyukov prendre l’espace à plusieurs reprises dans son dos dès les premières minutes et surtout avec Neville qui retrouvait le brassard de capitaine et une place de titulaire. Son bilan de la première période est éloquent: il commet une faute inutile qui amène un coup-franc avec occasion de but (sur laquelle il couvre Krizanac), il est dépassé en vitesse et en technique dans sa surface de réparation par Danny et Pogrebnyak; offensivement ses centres sont imprécis.
Les Russes ouvrent le score sur une action symbolique : Danny frappe un corner au premier poteau, Denisov dévie et lobe Van Der Sar, Pogrebnyak conclut de la tête. Sur cette action, les russes ont fait montre de leur détermination et ont remporté chaque duel.
Une réaction, pas de révolte
Dans les derniers instants de la première période ainsi que dans le premier quart d’heure de la seconde période, Manchester ne réagit pas dans le jeu mais dans l’attitude : Scholes, Rooney et Anderson sont avertis alors que Vidic coupable d’un coup de coude sur Pogrebnyak va se plaindre auprès de l’arbitre pour une raison indéterminée…
Les Mancuniens vont payer une nouvelle fois leur attentisme à la 57ème minute, Danny contrôle tranquillement de la poitrine à 40m du but des Red Devils, se retourne, il progresse face à des défenseurs sur le reculoir, entre dans la surface, crochète aisément Ferdinand et prend Van Der Sar à contre-pied. Le fantôme de Manchester United est mené 2-0 par le Zénith.
Les Anglais vont alors réagir, notamment grâce à Tévez qui applique la méthode Rooney : il descend très bas chercher les ballons, en chipe dans les pieds des défenseurs adverses et se montre très agressif (il aurait dû être exclu pour un tacle violent sur Tymoschuk). Problème : il est le seul à se battre de la sorte; Rooney, qui n’a pas son agressivité habituelle, ne profite pas non plus des décalages créés par son compère argentin. La prestation de Nani confirme qu’Alex Ferguson a bien fait de refuser les millions du Real pour conserver Cristiano Ronaldo. Cependant, aidés par la fatigue côté russe (Pogrebnyak transparent et Arshavine ne jouant que par fulgurances en seconde période) et par la déstabilisation de la défense centrale (Puygrenier et Krizanac étant sortis), les Mancuniens vont réduire le score sur un corner où cette fois l’attentisme est coté russe. Vidic est l’auteur du but qui conclut sa bien meilleure seconde période, au cours de laquelle il a éteint Pogrebnyak.
De la suite dans les idées…
Le dernier quart d’heure ne sera pas enflammé, faute d’envie de la part des Mancuniens, mais sera seulement marqué par le ridicule but de la main de Scholes, sanctionné par un second carton jaune et symbole d’une attitude qui ne pouvait pas permettre aux Red Devils de s’imposer.
En définitive, Gus Hiddink – qui était dans les tribunes – peut être rassuré : Malafeiev, Anyukov, Zyrianov, Pogrebnyak et surtout Denisov ont été performants. Ce dernier a montré pourquoi Advocaat ne pouvait se passer de lui (Voir la Revue d’effectif) : technique, vision de jeu, agressivité, il était partout. Le capitaine Tymoschuk a été impérial dans la récupération, l’envie et la relance.
Coté mancunien, Tévez a montré de l’envie et beaucoup de qualités mais ce match a montré pourquoi Sir Alex souhaite recruter un avant centre de métier. L’Argentin et Rooney officient dans le même style et lorsque Ronaldo n’est pas là pour profiter des brèches créées par ces deux-là, il manque quelqu’un pour conclure les actions.
En défense, les deux centraux se sont repris après l’heure de jeu, la facilité de Danny à inscrire le second but les aura certainement réveillés. Les latéraux n’ont pas été à la hauteur et l’entre-jeu (Scholes-Anderson-Fletcher) a été surclassé.
La victoire du CSKA Moscou en coupe de l’UEFA en 2005 avait été suivie d’une défaite en Supercoupe de l’UEFA (3-1 face à Liverpool) et n’avait pas eu de confirmation. Nul doute que le Zénith, au contraire, fera parler de lui et ce nouveau titre européen n’est certainement qu’une étape dans l’ambitieux projet de Dick Advocaat.
