FC Barcelona 6 – 1 Atletico Madrid

6 10 2008

« Calvaire défensif », « moment unique d’un point de vue technique »… Xavier Giraudon et Reynald Denoueix (au commentaire sur Canal + Sport) ont su résumer le choc de samedi : l’humiliation de l’Atletico, caractérisée par ses déboires défensifs, et l’art du Barça qui a pris le match à bras le corps dès l’entame (3-0 à la 9e minute de jeu) et fait étalage de sa qualité technique.

Deux ans après le 0-6 infligé à Vicente Calderon (35e journée de la saison 2007/2008), les Colchoneros ont pu mesurer le fossé qui les sépare encore des cadors de la Liga. Les Barcelonais avaient annoncé que jouer l’Atletico était l’occasion pour eux d’affronter une équipe joueuse et ainsi d’offrir des buts et du spectacle à leur public. Force est de constater l’acuité de leur prévision.

 

Le pénalty sifflé en faveur de Messi puis le coup franc (litigieux) transformé avec malice par ce même Argentin ne manqueront pas d’alimenter la polémique sur les faveurs du corps arbitral accordées aux Blaugranas. Mais si l’Atletico se cache derrière ces deux faits de jeu, il ne pourra avancer et tirer les leçons de cette déculottée.

 

Naufrage défensif

 

Nous avions évoqué la solidité défensive affichée par l’Atletico face à Marseille. Mais les Colchoneros pêchent toujours dans ce secteur. Leur style de jeu porté vers l’avant ne pourra pas les mener vers les sommets s’ils ne s’assurent pas une base défensive résistante.

 

A l’image de Ujfalusi, complètement dépassé, toujours en retard et jamais bien placé, la défense madrilène a vécu une soirée cauchemardesque. Coupet apparut également fébrile, malgré une intervention remarquable dans les pieds d’Eto’o en 2e mi-temps.

Le coup franc inscrit par Messi (3-0) a montré la malice de l’Argentin, mais aussi et surtout le manque de concentration criant des Colchoneros. Samuel Eto’o a d’ailleurs confirmé que les Barcelonais avaient remarqué cette faille chez leurs adversaires avant la rencontre.

 

Certes, les deux défenses se sont montrées peu sûres, mais celle du Barça a été moins sollicitée et elle fit preuve quand même d’une plus grande solidité ; avec un Abidal qui, lorsqu’il joue à ce niveau, reste l’un des meilleurs au poste de latéral.

 

La Barça a asphixié l’Atletico

 

Lorsque Madrid réussissait à récupérer le ballon, les pertes de balle des premiers relanceurs rojiblancos étaient trop rapides, avec déchet technique (dégagements en touche de la paire des centraux et de Coupet).

 

Maniche et Seitaridis (celui d’avant l’Euro) ont manqué aux Colchoneros. Le retour du Portugais fera du bien. Difficile de juger le match des joueurs offensifs ; emportés dans la débâcle, ils n’ont pas su faire surface. Seul Maxi, par une magnifique frappe enroulée, a fait croire à un retour des Madrilènes, avant de sortir sur blessure (20’).

 

Les Madrilènes, dans un jour sans, ont surtout perdu leurs moyens à cause du pressing très haut imposé par un FC Barcelone qui avait décidé de prendre le match en mains et d’imposer son jeu. Ils ont aussi joué trop loin les uns des autres, s’isolant et s’exposant au pressing à 2 voire 3 des Barcelonais.

En subissant ainsi, les Rojiblancos ont été parfois les auteurs de fautes témoignant de leur impuissance, comme l’attentat d’Antonio Lopez sur Messi à la 31e minute qui aurait pu lui valoir une expulsion (carton jaune donné par l’arbitre).

 

Tout au long du match, les incursions catalanes ont systématiquement provoqué le désordre dans le camp madrilène. Le Barça s’est distingué par sa maîtrise technique, sa vivacité et les redoublements de passes, qu’illustre parfaitement le but de Thierry Henry, le sixième.

 

Au-delà des buts, notons une frappe enroulée d’Iniesta (30e), le slalom sur 70 m (coast-to-coast, comme disent les anglo-saxons) de Messi dont le ballon piqué en bout de course échoue à quelques centimètres du poteau de Coupet (40e), le nouveau face à face Messi-Coupet une minute plus tard… Bref, la démonstration des Catalans auraient pu prendre une tournure encore plus sévère pour les Colchoneros.

 

Guardiola révolutionne le milieu de terrain Blaugrana

 

Pour la cinquième fois en championnat, Yaya Touré et Seydou Keita étaient laissés sur le banc au profit du jeune Sergio Busquets. Le fils de Carles (gardien du Barça, 79 matchs entre 1990 et 1999) a encore marqué des points : Pep Guardiola a peut-être trouvé son digne successeur dans l’entrejeu pour faire le lien entre la défense et le milieu.

Gudjohnsen a joué au milieu, en électron libre naviguant entre le milieu et l’attaque et revenant parfois très bas pour récupérer des ballons. Attaquant de soutien en phase offensive, relai précieux de Xavi et Iniesta… Et si le poste de l’ancien avant-centre était en fait celui de parfait second, lieutenant fidèle prêt à servir son équipe et capable de marquer quand il le faut ; un Scottie Pipen du foot, en fait.

Avec l’Islandais en son sein, le milieu à trois ancestral au Camp Nou s’est mué en un milieu à géométrie variable. Busquets était bien présent devant la défense, mais Xavi, Iniesta et Gudjohnsen ont beaucoup permuté. Sans cesse en mouvements, ils ont tour à tour organisé le jeu barcelonais. Gudjohnsen a pris peu d’initiatives, mais il fut le parfait complément des meneurs de poche catalans (Xavi, Iniesta). Les Champions d’Europe ont su créer le danger en alertant avec à propos les attaquants. Sur le deuxième but d’Eto’o, la relation entre l’attaquant (appel entre les deux défenseurs) et son milieu (passe millimétrée de Xavi) est splendide.

 

Quel avenir pour l’Atletico ?

 

Le Barça a frappé un grand coup. En s’imposant largement face à un concurrent direct, les Catalans ont magnifié leur série de six victoires consécutives en cours (jusqu’ici passée inaperçue avec une victoire sur le même score face à un promu et un succès étriqué en Ukraine notamment).

 

Côté madrilène, au-delà du traumatisme d’un désastre collectif, les Colchoneros ont perdu leur troisième match en championnat (dont deux face à des concurrents directs : FC Séville et FC Barcelone) et doivent encore recevoir le Real et se déplacer à Villareal. Avec 9 points en six journées, ils doivent se ressaisir, mais le calendrier qui les attend en octobre pourrait sceller définitivement leurs ambitions de gloire pour cette saison.

 

Un tournant de la Liga 2008/2009 a eu lieu au Camp Nou ce samedi 4 octobre 2008.


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